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Mohamed Ali, Les secrets d’un soldat du ring !

Cet après-midi de janvier 1955 dans le Kentucky, un état à l’Est des Etats-Unis, 2 jeunes garçons d’une douzaine d’années sortent de l’Auditorium de Louisville.  

Tout heureux de retrouver le beau vélo bariolé rouge et blanc qui a tant illuminé son noël 1954, 

Cassius Clay, un jeune afro-américain, se précipite vers la sortie. 

Mais là, à l’endroit même où il a bien pris le soin d’attacher sa nouvelle bicyclette…stupeur ! Pas de vélo. Plus de vélo !! 

Immédiatement, Cassius comprend. Il jette son sac par terre et rentre dans une rage folle.

Il se met à cavaler dans les rues des alentours pour essayer de le retrouver. 

Son ami encore abasourdi devant le poteau vide, reste immobile sur le trottoir. 

Les yeux rivés sur les morceaux du cadenas qui jonchent le sol, il entend résonner la voix de Cassius qui hurle à tout bout de champ : « je vais lui mettre une raclée ! Je vais lui mettre une raclée !! »

Quelques centaines de mètres plus loin, au coin d’une rue Cassius tombe nez à nez avec un policier. Surpris par la rage et l’énergie débordante du jeune garçon, l’homme en uniforme lui intime l’ordre d’expliquer sa colère.

Cassius Clay, sans scrupule, lui répond avoir la claire intention de retrouver au plus vite son nouveau vélo et d’éclater la tête du coupable. 

L’agent Joe Martin attrape le jeune garçon par les épaules et calmement, lui explique l’importance de savoir se défendre avant de vouloir en découdre. 

Entraîneur dans une salle de boxe du quartier, le policier l’invite à assister à un cours. 

Dès le lendemain et sous la houlette de ce même Joe Martin, Cassius Clay enfile des gants de boxe pour la première fois de sa vie. Des heures durant, le punching-ball subit la foudre du jeune garçon. 

Ce jour-là du haut de ses 12 ans, le jeune afro-américain ne se doute pas encore qu’il s’apprête à devenir l’une des plus grandes légendes de l’histoire du sport. 

Le 17 janvier 1942, dans la “maison rose“ du 3302 de Grand Avenue, Cassius Marcellus Clay pousse son 1er cri. 

Dans ce modeste foyer du quartier noir de Louisville, principale ville de l’état du Kentucky, la famille Clay coule des jours heureux.

Odessa, sa maman, passe ses journées à cuisinier et faire le ménage dans les belles propriétés des riches familles blanches. 

Monsieur Clay, lui, réputé pour son sens artistique, vend des gravures religieuses aux quatre coins de la ville.

Les parents Clay, croyants et pratiquants, élèvent leurs 2 enfants selon des préceptes baptistes, un mouvement évangélique chrétien.

Bébé robuste et déjà très actif, c’est à l’âge de 2 ans que Cassius fait sa première victime par KO…

Ce jour-là, le petit garçon, passablement en colère, s’agite dans les bras de sa mère. C’est là qu’il envoie un coup-de-poing malencontreux, un crochet d’une force incroyable. Maman perd 2 dents. Cassius écrit sa légende.

Les années passent, et le jeune Cassius continue son impressionnante transformation physique, faisant de lui un des enfants les plus respectés du quartier. 

Malgré le racisme ambiant de l’époque, Cassius et son petit frère Rudolph, toujours inséparables, grandissent heureux.  

En ville, comme dans leur école uniquement réservée aux noirs, tous les 2 se font très vite remarquer pour leur taille, bien supérieure à la normale. 

Mauvais élève, peu discipliné, l’adolescent ne pense qu’à boxer. Au fond de la cours du collège, les 2 frères profitent tous les jours de la récréation pour continuer les entraînements: 

Rudy, assis face à son frère, envoie de petites pierres que le jeune Cassius s’entraîne à éviter pour travailler ses réflexes et les déplacements. Incroyablement rapide dans ses mouvements, pas une seule fois Rudy n’a réussi à le toucher…

Cassius progresse à une vitesse folle et très vite, s’impose sur les rings des clubs de boxe de la région en remportant ses 1ers titres de champion. Dans l’état du Kentucky, Cassius Clay attire déjà les foules. 

Mais c’est en 1960, aux Jeux olympiques de Rome, que le monde fait définitivement connaissance avec ce jeune boxeur de 18 ans. En toute tranquillité, Cassius Clay envoie tous ses adversaires au tapis et rafle la médaille d’or dans la catégorie mi-lourd.

À son retour au pays, il devient professionnel et enchaîne à nouveau les succès dans la catégorie poids lourd. 

Ultra provocateur dans ses discours d’avant, match, le jeune boxeur transforme les campagnes de promotion de ses combats en véritables spectacles de joutes oratoires. Le bavard flamboyant régale les médias et son magnétisme sur le ring ne laisse personne indifférent. 

Les années passent et les combats se ressemblent. 

Cassius remporte ses 19 premières rencontres avant d’affronter, pour le titre mondial, le champion du moment : Sonny Liston. 

À la surprise générale, dès le 7e round. Épuisé et complètement sonné par la frénésie de Cassius Clay, Liston abandonne le combat…

Le 25 février 1964, à seulement 22 ans, Cassius Clay est sacré champion du monde. 

Au lendemain de cette victoire, le jeune champion annonce… Sa conversion à l’islam.

Depuis plusieurs années, Cassius Clay s’est en effet rapproché de la très controversée « Nation of Islam ».

Cette organisation nationaliste, loin de faire l’unanimité, certifie que l’Islam est la seule véritable religion des Noirs. Le christianisme, lui, est la religion de l’esclavage. Des blancs.

Et Cassius change de nom. « Clay » est hérité du passé d’esclave de ses ancêtres afro-américains.  

Face à la presse du monde entier, le jeune champion annonce sa nouvelle identité : « My name is…Mohamed Ali » 

Pourtant, la véritable histoire de son nom, Clay, serait bien différente de sa réalité…

Cassius Marcellus Clay était, au contraire, un riche propriétaire terrien du 19e siècle, qui tout au long de sa vie, a milité pour l’abolition de l’esclavage.

Selon son entraîneur de l’époque, Angelo Dundee, Mohamed Ali a surtout rejoint la “Nation of Islam“ par esprit de contradiction.

Le boxeur, connu pour ses nombreuses provocations d’avant match, a toujours fait son possible pour générer un maximum de controverse autour de son personnage.

Son objectif premier est d’abord de devenir le plus célèbre possible, quelle que soit l’opinion que les gens peuvent avoir de lui… 

À chaque rendez-vous du phénomène sur le ring, de nombreux scandales éclatent à travers tout le pays et les ventes de tickets pour ses combats explosent. 

Une fois devenu Mohamed Ali, le boxeur, n’a donc presque plus rien à faire. Ce nom et son adhésion à « Nation of Islam », déclenchent des débats. Et c’est lui qui en est le centre.

Et ça marche !

Les convictions religieuses et l’engagement politique d’Ali ne cessent de déranger les autorités et une bonne partie du public. 

Lorsqu’Ali et Liston se retrouvent sur le ring 1 an plus tard, le 25 mai 1965, aucune grande ville n’accepte de prendre le risque de les recevoir.

En revanche, les caméras de télé, elles, se précipitent dans un petit bled du Maine, à l’extrême Nord-est des Etats Unis, où finalement, l’événement est organisé au dernier moment. 

Il faut dire que l’affiche qui oppose un ancien taulard de mèche avec la mafia, à un militant nationaliste noir dont le mentor Malcolm X vient tout juste d’être assassiné, ne rassure personne…

Les médias se régalent, la presse s’emballe, le débat dépasse les frontières et s’exporte à travers la planète.  

Le cas “Mohamed Ali“ déchaîne les foules du monde entier. Le boxeur, lui, jubile de voir son nom faire les gros titres de la presse internationale. Des 4 coins du globe, les paris affluent en nombre.  

Puisqu’à l’époque, le mouvement “Nation of Islam“ est vivement critiqué, certains journalistes, américains et étrangers, refusent toujours de l’appeler Mohamed Ali et persistent à le nommer Cassius Clay. 

Mais petit à petit, Mohamed Ali s’impose dans la culture populaire. Aujourd’hui encore, c’est sous ce nom qu’on se rappelle de ses exploits, la plupart de ses ceintures ayant été acquises par Mohamed plutôt que par Cassius…

Et dire que personne n’a jamais vu Mohamed Ali boxer à son meilleur niveau!

Le 28 avril 1967, alors que l’Amérique se déchire au Vietnam, le champion refuse catégoriquement d’être incorporé dans les rangs de l’armée américaine, au nom de ses convictions religieuses et de son opposition à la guerre. 

Immédiatement sanctionné, la justice le condamne à cinq ans de prison et lui retire sa licence de boxeur et son titre mondial. 

À tout juste 25 ans, interdit de ring et cerné par les problèmes financiers, Ali se prive donc de ses plus belles années sportives…

La prison lui est épargnée. Personne ne veut en faire un martyre et provoquer les mouvements de colère. En échange, Mohamed Ali purge sa peine en servant, tous les jours, les repas des condamnés dans les couloirs de la mort. 

Après presque 4 ans sans combattre, son appel est enfin accepté par la Cour Suprême Américaine.

De retour sur le ring en 1971, Ali subit la première défaite de sa carrière contre Joe Frazier à l’issue de ce qu’il est désormais convenu d’appeler « le combat du siècle ».

Mais très vite, le boxeur retrouve son niveau d’antan et envoie, les uns après les autres, tous ses adversaires au tapis.

Trois ans plus tard, en 1974, bien déterminé à reprendre la couronne mondiale, Ali affronte le nouveau champion de l’époque, George Foreman, plus jeune et plus fort. 

Et pour ce rendez-vous incontournable, l’événement est exceptionnellement organisé en Afrique, dans le stade de Kinshasa, la capitale Congolaise: C’est la « Rumble in the jungle »

Pour que l’Amérique toute entière puisse assister à ce rendez-vous en prime time, le combat est prévu à quatre heures du matin, heure locale. 

Cette nuit-là, dans les rues de la capitale Congolaise, des millions d’Africains font la fête sous une chaleur étouffante, attendant impatiemment le son du gong.

En pleine nuit, au milieu d’une foule en délire, les 2 athlètes montent sur le ring. 

Le combat est lancé, la planète toute entière retient son souffle. 

Foreman attaque et prend immédiatement le dessus. Retranché sur les câbles, Ali encaisse les coups de massue et subit la foudre de son adversaire. 

Mais Foreman, s’épuise. Il finit par relâcher petit à petit son rythme. 

Au 8e round, la contre-attaque de Mohamed Ali est décisive ! 

Telle une abeille, Mohamed s’envole sur les planches de la petite arène. Les coups fusent dans tous les sens et Foreman, comme perdu, vacille et titube d’un côté à l’autre du ring. La foule, en délire, acclame son champion.

Dans le grand silence qui couvre les tribunes, George Foreman reçoit le crochet du droit qui l’envoie définitivement au tapis. 

Le combat est fini ! 

Le nouveau champion du monde de boxe s’appelle de nouveau Mohamed Ali.

La “Rumble in the Jungle“, le combat du siècle, a déchaîné les passions. Avec un milliard de téléspectateurs, il devient à l’époque l’événement sportif le plus regardé de l’histoire de la télévision.

Triple champion du monde des poids lourds, Mohamed Ali prend sa retraite le 27 juillet 1979 après une impressionnante série de victoires par KO.

L’annonce fait l’effet d’une bombe et les fans du monde entier ne tardent pas à gronder, suppliant l’athlète de revenir une dernière fois.

Quelques mois plus tard, en 1980, face à Larry Holmes, alors champion du monde en titre, Mohamed Ali fait son grand retour sur le ring. 

Sous les ovations d’un public en liesse, le duel est une véritable boucherie ! Ali est littéralement pulvérisé par son adversaire. Les coups reçus ce jour-là ne seraient pas étrangers à la maladie de Parkinson qu’il développera quelques années plus tard.

Après cette défaite, Ali, anéanti, s’enferme chez lui…

Ce matin-là, alors qu’il rumine encore son échec, la sonnerie du téléphone vient interrompre les idées noires du boxeur. 

Surpris, il écoute, sans mot dire, ce jeune adolescent en pleurs, qui promet en hurlant dans le combiné qu’il vengera un jour son idole en envoyant au tapis ce même Larry Holmes.

Du haut de ses 14 ans, Mike Tyson semble déjà bien sûr de lui.

8 ans plus tard, en 1988, le face-à-face a lieu. 

Mohamed Ali, présent dans les tribunes, en profite pour discrètement rappeler à l’oreille du jeune boxeur sa promesse de l’époque : « Souviens-toi de ce que tu m’as dit, bats-le pour moi ! »

Au 4e round, l’affaire est pliée.

Mohamed Ali est vengé par Tyson.

Aussi habile avec les mots qu’avec ses poings, Mohamed Ali est vite devenu le pourfendeur du racisme, un véritable espoir pour les Afro-américains. 

Proche de Malcolm X, chef charismatique des Black Muslims, le boxeur est rapidement considéré comme un “mythe”, une source d’inspiration pour tous. 

Plus qu’un champion, c’est un guerrier, un homme de mots chocs un insoumis.

En 1984, après des années sur les rings et de nombreux combats acharnés, Mohamed Ali apprend qu’il souffre de la maladie de Parkinson. Il a 42 ans…  

À sa sortie de l’hôpital de New York, devant un parterre de journalistes, le boxeur, toujours aussi provocateur, déclare 

« C’est seulement un jugement de Dieu. Il m’a donné cette maladie pour me rappeler que c’est finalement lui le numéro 1.»

Bien qu’il ait toujours prétendu que sa maladie n’ait rien à voir avec son activité, dès le milieu des années 70, Mohamed Ali montre des signes de ralentissement de l’activité cérébrale.

Ferdie Pacheco, son soignant sur le ring, remarque rapidement que ses réflexes sont nettement moins vifs qu’à ses débuts. Et d’autres signes inquiétants apparaissent à leur tour : il commence à bégayer, se montre hésitant dans ses gestes, et perd sa capacité d’élocution…

Mohamed Ali, lui, continue pourtant d’affirmer que son cerveau est vierge de toute lésion. Et sans même se poser de questions, il s’entête à poursuivre les combats acharnés. 

Malgré la maladie et son retrait des médias, la légende Mohamed Ali perdure. Même les plus grands dictateurs n’ont pas résisté à son influence…  

En 1990, en pleine guerre du Golfe, c’est lui qui se rend en Irak pour négocier la libération d’otages américains. 

Saddam Hussein lui en « offrira » une quinzaine…

En 2002, Mohamed Ali obtient son étoile sur Hollywood Boulevard. Mais contrairement à tous, le boxeur refuse catégoriquement que la sienne soit incrustée sur le sol du fameux Walk of Fame. 

Pour que son nom ne soit jamais piétiné, l’étoile du champion est exceptionnellement gravée à jamais dans le mur du Kodak Theater, où a lieu chaque année la cérémonie des Oscars. 

Le 3 juin 2016, le monde apprend sa mort.

Les images envahissent les écrans.

Un athlète incroyable. Un style hors du commun pour un boxeur poids lourds : ses déplacements d’une parfaite fluidité, les mains le long du corps plutôt qu’en position haute pour protéger son visage, son incroyable jeu de jambes et son allonge exceptionnelle (2,10 m d’envergure), Mohamed Ali a ravi les spectateurs du monde entier. 

À jamais, dans les mémoires, la devise du plus grand boxeur de tous les temps est définitivement passée à l’histoire :  “vole comme un papillon, pique comme une abeille.“

Texte : Laurent Latappy

Voix : Robin Grimaldi

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