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Florent Pagny, Une vie de combats.

Florent Pagny, Une vie de combats.

Depuis quelques mois, je parcours la Cordillère des Andes, du nord au sud.

Seul avec mon sac sur le dos, me voilà maintenant arrivé dans les steppes arides et les fjords glaciaires de l’éblouissante Patagonie !

Ce matin-là, mon bus s’arrête à l’entrée de la petite ville argentine de Cholila.

Terminus.   

Dehors, la brume matinale s’étire jusqu’au sommet de la chaîne de montagnes qui surplombe la ville. 

Dans un paysage digne d’une véritable carte postale, la lumière jaunâtre du soleil levant se reflète à la surface de l’eau turquoise du lac Cholila. 

L’air frais, traverse mon pancho et me glace littéralement les os ! 

J’avance, de plus en plus vite.

Au coin d’une rue, un homme seul, assis sur un banc, attire mon regard. 

Dreadlocks et un bonnet vert sur la tête, il boit son maté, la boisson traditionnelle. C’est une infusion vaguement comparable au thé que les Argentins consomment toute la journée.

Étrangement, son visage me parait familier… Je me dis que j’ai dû le croiser durant mon périple…


Je passe devant lui, nos regards se croisent. 

D’un signe de tête, il me salut et me demande en souriant « Como estás ? »

La conversation s’engage. Il est français et habite ici depuis quelques années, dans un ranch de l’autre côté du lac Cholila.  


De sa main gauche, se dégage la vapeur chaude du maté encore bouillant.  

De l’autre, une épaisse fumée d’herbe aromatique… En me voyant zieuter avec insistance sur le joli cône qu’il tient entre les doigts, il sourit et m’invite à m’asseoir à ses côtés. 

On se raconte nos histoires : mon voyage, sa nouvelle vie ici, et puis la France… que nous avons quitté tous les deux. 


Les minutes passent et le joli cône disparaît lentement. 


Il est à peine 9 h du matin, et la belle brume matinale de la montagne semble s’être introduite dans mon cerveau.

Ce petit-déjeuner, improvisé à base de marijuana avec Florent Pagny, a définitivement changé les perspectives de ma journée… 


Quelques années plus tard, un soir de juin, une odeur semblable aux herbes de la Patagonie s’échappe de la rue Bayard, à Paris. 

De l’autre côté du trottoir, Florent Pagny est là, tranquille. Tout content de le revoir, je m’empresse d’aller le saluer.

Ensemble, on se remémore ce moment passé chez lui, quelques années auparavant, sur le petit banc en bois de Cholila, dans sa Patagonie. 

Après ces 2 belles rencontres improvisées, c’est moi qui ai proposé à Podcast Story de raconter l’histoire de Florent Pagny.

Né le 6 novembre 1961 dans une famille modeste, le fils de Jean et Odile Pagny passe ses premières années à Chalon-sur-Saône, en Bourgogne, avec son frère et ses deux sœurs. 

Très jeune, à la maison comme à l’école, Florent ne tient pas en place. Diagnostiqué hyperactif, plus aucun établissement scolaire ne souhaite le garder. Et les multiples entretiens qu’il enchaîne avec sa mère chez tous les pédopsychiatres de la région n’y changent rien.  

Seule la chanson semble apaiser le jeune garçon. Dès l’âge de 13 ans, Florent écume les cafés du coin, monte sur les podiums et s’inscrit à tous les radio-crochets de la région. En interprétant le répertoire de la chanson française d’époque, particulièrement Luis Mariano, l’idole de sa maman, le jeune ado se forge une petite réputation. 

Ce mois de juillet 1975, dans les rues de Bonneville, en Haute-Savoie, le passage du Tour de France rassemble une foule immense. Autour du grand podium où est organisé un concours de chant, le public s’’impatiente.    

Sous un soleil éclatant, le jeune Florent, 14 ans, monte à son tour sur la grande scène et entonne une parfaite interprétation de Jacques Brel. Sous les ovations d’un public définitivement conquis par sa prestation, le jeune garçon remporte le concours. Et Florent rêve de succès…

Après ses nombreux échecs scolaires, l’adolescent n’a plus le choix il intègre l’internat de Chamonix. Enfermé entre le dortoir et les salles d’étude, il s’ennuie. Chaque week-end, de retour à la maison, les conversations entre père et fils sont houleuses. Florent n’a plus qu’une idée en tête : quitter définitivement l’école et tenter sa chance ! 

Face à la détermination de leur fils, Odile et Jean finissent par céder… 

À 16 ans, Florent abandonne sa classe de 3e et quitte le cocon familial pour tenter seul, la grande Aventure à Paris !  

Livré à lui-même, ses débuts dans la capitale sont difficiles. Il vit de petits boulots : de baby-sitter à courtier en publicité, le jeune garçon se débrouille… Mais ses revenus sont faibles, très faibles. Il vit dans une résidence de l’Armée du Salut, à Ménilmontant. 

Toujours autant passionné par la musique et l’art dramatique, il s’inscrit d’abord à des cours de théâtre. Puis très vite, à un Conservatoire de chant où il apprend les bases du chant classique. Il possède une tessiture de voix hors du commun, baryton-martin, et le Conservatoire national supérieur de Paris l’invite à poursuivre sa formation.

Mais Florent, avec son esprit rebelle et son look de loubard, cuir et boucles d’oreille, refuse catégoriquement de devenir chanteur d’opéra ! Il n’ira pas au Conservatoire.

Habitué des virées nocturnes dans les nombreux clubs du quartier des Halles, il décroche un job de barman au « Broad », une boite alors à la mode.

Un soir, assis au comptoir du bar, le directeur de casting Dominique Besnehard, déjà très connu dans le milieu du cinéma, le repère. Dès le lendemain, il l’envoie passer le casting du prochain film de Jean-Jacques Beineix.  

Mais Florent rate son audition. Pourtant, c’est là que commence sa carrière d’artiste. Du petit écran aux grandes salles de cinéma, Florent Pagny fait ses premières apparitions dans La Balance, de Bob Swaim, Fort Saganne d’Alain Corneau ou encore, Inspecteur Labavure de Claude Zidi.

Mais l’acteur en herbe n’oublie pas ses premières amours : la chanson.

Florent écrit son premier texte : « N’importe quoi », un titre engagé qui dénonce les ravages de la drogue. Dès sa sortie, la chanson rencontre un énorme succès ! Avec un million d’exemplaires vendus, le titre se maintient en tête du top 50 pendant plusieurs semaines et propulse le jeune chanteur au sommet de la variété française.  

Au même moment, en 1988, alors que sa notoriété explose, Florent Pagny fait la rencontre de la toute jeune chanteuse : Vanessa Paradis. Elle a 15 ans, lui… 26. 

Malgré la différence d’âge qui vaut au couple bon nombre de critiques dans les médias, ces deux-là filent le parfait amour. 


En pleine ascension, Pagny sort en 1990 son premier album, Merci, qui est immédiatement certifié disque d’or. 

Mais Florent ne supporte plus les attaques répétées des médias sur sa relation avec Vanessa Paradis. Il reprend la plume et répond avec le titre Presse qui roule, un pamphlet contre la presse qui n’arrange pas ses affaires avec les journalistes. 

Pire, le fisc lui tombe dessus au même moment…

Son public boude, les médias boycottent son album et ses finances sont à zéro…. Les temps sont durs, trop durs… En 1991, après 3 ans d’une relation intense et tumultueuse, Vanessa le lâche.


L’année suivante, en 1992, il sort tout de même un deuxième album : « Réaliste », très autobiographique et… très sombre. Florent Pagny se débat toujours dans ses galères d’argent et surtout, il vient de rompre avec la chanteuse de « Joe le Taxi ». 

Et, n’oublions pas ses mauvaises relations avec la presse depuis la sortie de son titre « Presse qui roule ». Résultats, les médias boycottent son nouvel album et les ventes ne décollent pas.

Pour l’artiste, ces nombreux revers professionnels, personnels et financiers marquent le début d’une descente aux enfers…

Au creux de la vague, Florent dort seul dans sa voiture, seul avec son chien. 

Pendant ce temps, Vanessa Paradis, elle, s’affiche à la une de tous les journaux aux bras de son nouvel amoureux : le chanteur américain Lenny Kravitz.


Pour Florent s’en est trop. En totale dépression, il est rongé par ses multiples addictions et sombre dans l’alcool et le cannabis.


Ce soir d’hiver, l’artiste ne se contrôle plus. Une par une, les bouteilles se vident…. 

Retrouvé inanimé, il est immédiatement emmené à l’hôpital. In extremis, Florent est sauvé.

Malgré les temps difficiles, certains de ses amis ne l’oublient pas et maintiennent le contact avec lui.

Ce soir d’octobre 1993, tout le gratin du show biz’ parisien s’est donné rendez-vous pour un grand dîner. Sur le tard, Florent finit par s’y rendre… 

Dès son arrivée, une jolie mannequin Argentine de 25 ans, seule dans un coin de la salle, attire son regard. 

Florent tombe sous le charme d’Azucena Caamaño. 

Une rencontre qui change sa vie…

Le caractère intransigeant et bien trempé de la jeune latine fait d’elle la patronne à la maison !  

Elle fait le ménage dans l’entourage de l’artiste, soigne son style et le conseille sur ses décisions artistiques. 

Dès lors, son image et sa réputation changent radicalement. 

Grâce à elle, Florent reprend confiance en lui et repart de plus belle.


Fin de la période sombre.  

Après un long passage à vide et une notoriété en berne, Florent Pagny intègre la troupe des Enfoirés au milieu des années 90. Sa rencontre avec Jean-Jacques Goldman marque un nouveau tournant dans sa carrière. 

Lors d’une soirée spéciale pour les « Restos du cœur », Goldman choisit Florent Pagny pour une interprétation inédite de la chanson “Oh happy Day“, aux côtés de Carole Fredericks. 

Cette prestation ravit des millions de téléspectateurs et réconcilie le chanteur avec son public et les médias. Ce succès, qu’il doit à sa rencontre avec Jean-Jacques Goldman, Pagny ne compte pas l’oublier…

En 1994, les deux artistes écrivent ensemble l’album Rester vrai, dont le titre Si tu veux m’essayer devient un tube. Fort de cette expérience, le chanteur délaisse définitivement l’écriture. Il multiplie les collaborations artistiques avec de nombreuses pointures de la chanson française : Jean-Jacques Goldman d’abord, mais aussi le jeune compositeur en vogue de l’époque, Pascal Obispo.  

En 1997, le chanteur sort avec eux son 4e album : Savoir aimer. C’est un carton, il se vend à près de 2 millions d’exemplaires !  Le 20 février 1998, au soir des victoires de la musique, l’album est salué par l’ensemble de la profession et Florent Pagny, sacré artiste interprète masculin de l’année.   

Après une longue traversée du désert, le chanteur est de nouveau au sommet. 

Pourtant, les choses vont une fois de plus se compliquer…

Toujours aux prises avec le fisc français, Pagny a des envies d’ailleurs. 

En 1997, il choisit l’expatriation fiscale et s’envole pour l’Amérique du Sud : direction l’Argentine, sur les terres de sa compagne, Azucena.  

15 heures de vol d’abord, puis trois heures de voiture : voilà Florent Pagny enfin arrivé chez lui. 

Là-bas, loin du tumulte de la vie parisienne, dans une grande ferme au centre des plateaux arides de la Patagonie, le couple trouve refuge. 

Plus isolé et au plus près de la nature, l’artiste passe ses journées au milieu des moutons de la pampa. À cheval, à moto ou à pied, il entreprend de longues randonnées dans les montagnes de la région. 

Pendant ce temps, Azucena s’adonne à la peinture et crée sa propre marque de produits de beauté bio.

Le couple, heureux et libre, file le parfait amour et ne tarde pas à agrandir la famille : Inca, son garçon, né en mars de la même année et sa fille Aël, 2 ans plus tard, en 1999.

Malgré tout, à la maison, les premières disputes éclatent au sujet de sa consommation régulière de cannabis. Azucena s’agace. Elle tente de le convaincre d’arrêter de fumer… En vain. Seul le cannabis parvient à contrôler l’hyperactivité de Florent. 

Malgré son exil à plusieurs milliers de kilomètres de Paris Florent Pagny reste une star dans le cœur des français. Il est invité à se produire aux côtés des plus grands. Le ténor Italien Luciano Pavarotti, ou encore le taulier, Johnny Hallyday, dans un Stade de France plein à craquer.

Les années 2000 sont riches pour Florent Pagny. Les albums s’enchaînent au rythme de ses changements de look…

En 2003, teinture blonde, dreadlocks et lunettes de soleil, Florent affiche son nouveau style dans l’album Ailleurs land qui rend hommage à son nouvel Eldorado. En quelques jours à peine, le premier extrait Ma liberté de penser se hisse au sommet du Top 50.  

Dans ce titre, à l’énorme succès commercial, Florent s’en prend directement au fisc dont il se sent victime depuis plusieurs années. 

Ce matin de printemps 2002, toute la petite famille se réveille dans leur jolie maison parisienne ; un pied-à-terre que l’artiste habite lors de ses passages en France. La sonnerie de la porte retentit longuement. Sur le palier, se tient un huissier de justice, procès-verbal à la main, qui ordonne la perquisition de la maison et la saisie immédiate des meubles. 

Pour avoir minoré ses revenus de plus de 500.000 euros et omis de déclarer près de 50.000 euros de TVA entre 1996 et 1997, Florent Pagny est condamné en 2006 à 15.000 euros d’amende pour fraude fiscale. 

Un arrêt de la Cour d’Appel de Versailles annule toutefois sa condamnation à six mois de prison avec sursis, écopée en première instance.

Quant à son mobilier, c’est Pascal Obispo, ami intime du chanteur, qui le rachète pour le lui rendre.

Mais ses nombreux déboires avec la justice n’empêchent pas Florent Pagny, toujours apprécié d’un large public, d’enchaîner chaque année un nouvel album. Et chaque année, c’est un succès.

En 2010, la famille s’installe aux États-Unis, à Miami, pour dixit le chanteur « vivre en short toute l’année ». 

Dès lors, Florent Pagny partage son temps entre Miami, la Patagonie et Paris.

Mais son public reste français et Florent le sait. 

En 2011, pour fêter ses 50 ans, il se lance dans une grande tournée acoustique. Simplement accompagné d’un piano et d’une contrebasse, il revisite des chansons de son répertoire et celles des grands noms de la chanson française : de Piaf à Jacques Brel, de Nougaro à Aznavour, Barbara ou Ferré, l’artiste, sillonne toute la France et ravit son public. 


À la fin de cette tournée, il surprend à nouveau ses fans en acceptant de rejoindre le nouveau télé-crochet musical de TF1 : The Voice, aux côtés de Jennifer, Louis Bertignac et Garou, 

C’est d’ailleurs lui qui fait remporter à Stéphane Rizon la première édition de l’émission…


De retour chez lui, en Patagonie, Florent Pagny continue à produire de nouveaux albums.

Au petit matin de ce mois de février 2015, alors que la famille passe de paisibles moments sous le soleil estival de l’Argentine, d’épaisses fumées noires envahissent la zone du lac Cholila.

En quelques heures à peine, un terrible incendie ravage plusieurs milliers d’hectares de forêt et transforme le petit coin de paradis en enfer ! 

Sous la chaleur écrasante, des flammes immenses encerclent la région et menacent les maisons ; Florent, Azucena et tous les voisins luttent contre le feu.

Pendant 3 jours et 2 nuits, sans jamais s’arrêter, tous s’acharnent à combattre les flammes. 

Mais la situation reste incontrôlable…

À bout de force, Florent n’a plus le choix. Il faut abandonner la lutte, la maison et s’échapper au plus vite.  

Depuis le hublot de l’avion qui survole la région, Florent regarde son petit bout de paradis disparaître sous une montagne de cendres…

De retour en Europe, Florent Pagny, dont les rapports avec l’administration fiscale sont toujours aussi tumultueux, choisit de vivre au Portugal.  

Le pays ne pratiquant ni l’impôt sur la fortune, ni l’impôt sur les successions, et surtout pas sur les royalties, son installation, là-bas, provoque une fois de plus un véritable tollé dans l’hexagone.


En réponse à la polémique qui enfle en ce début d’année 2017, Florent répond sur un ton ironique : « Le système fiscal m’a appris beaucoup de choses, il m’a appris à bien ranger mes affaires et à bien gérer mon histoire. Mais surtout, il m’a appris à voyager !»

Et puis Florent se défend ! Il ne fuit pas l’impôt sur la fortune puisque, selon ses dires, il n’a pas de fortune ! En effet, l’artiste dépense sans compter et n’a jamais vraiment réussi à épargner…

Une liberté de dépenser dont le chanteur vedette compte bien profiter !

Avec plus de 15 millions de disques vendus en 30 ans de carrière, Florent Pagny s’est définitivement inscrit dans le paysage musical français.

Raison pour laquelle, après avoir quitté de longues années son pays, l’artiste annonce vouloir redevenir résident français. Son public, heureux de ces prochaines retrouvailles, se rue sur les billets de la tournée que l’artiste s’apprête à lancer pour fêter ses 60 ans. 

Mais le 25 janvier 2022, Florent Pagny annonce avec émotion, être contraint d’annuler définitivement ce grand rendez-vous…

Atteint d’une tumeur cancéreuse inopérable aux poumons, l’artiste s’arrête net.  

Consommateur de cannabis pendant plus de 30 ans, Florent l’a toujours utilisé pour ses vertus thérapeutiques : les seules capable d’apaiser son hyperactivité, le rendre plus serein et réceptif aux choses, aux gens, à la musique surtout.

Aujourd’hui, il est désormais peu probable que je le recroise, à Paris ou sur un banc de Patagonie, avec le même petit cône entre les doigts…

Texte : Laurent Latappy / Voix : Françoise Cadol

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