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PREDATOR, PANIQUE SUR LE TOURNAGE

Selon une légende hollywoodienne, le scénario de Predator, film de science-fiction carabiné qui allait immortaliser Arnold Schwarzenegger, est né d’une blague. 

À l’époque, nous sommes en 85, Rocky IV sort sur les écrans et connaît un succès phénoménal. Mais, soyons honnête, c’est pas le meilleur des Rocky. 

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Le film a si mauvais crédit aux yeux des professionnels et des critiques, que dans le milieu tout le monde se moque. Et LA vanne qui circule c’est : qu’est-ce qu’il va faire dans le prochain Rocky, se battre contre ET ? 

Deux frères, Jim et John Thomas, saisissent la balle au bond. C’est pas idiot cette histoire de héros contre un extraterrestre… Ils décident d’écrire sur le sujet. 

Au départ, ils imaginent l’histoire d’un groupe de chasseurs venus d’une autre planète qui parcourt la Terre en quête de proies. 

Puis, ils se fixent sur l’histoire d’un unique soldat d’élite aux prises avec un Alien particulièrement violent et retors.

Après un nombre conséquent de refus, le scénario, tout d’abord baptisé Hunter – traduisez par « Chasseur » – tape dans l’œil de Lawrence Gordon, le patron frais émoulu de la 20th Century Fox. 

Et le projet trouve rapidement un producteur en la personne de Joel Silver. Celui-là même à l’origine de la saga de L’Arme Fatale et du futur Matrix. 

Ce sera la seule note positive de ce tournage. Le reste va prendre des allures de chemin de croix.

Au début du mois d’avril 1986,  l’équipe débarque dans la jungle de Palenque, au Mexique, qui servira de décor à ce qui s’intitule désormais Predator. L’humeur est loin d’être au beau fixe. 

Pas même entamé, le tournage va déjà être endeuillé. 

Ce qui est généralement mauvais signe à Hollywood, toujours féru de superstition. 

Quelques jours auparavant, le 31 mars, le vol 940 de la compagnie Mexicana décolle de l’aéroport de Mexico avec 167 personnes à son bord. Dont les techniciens du film Agustin Ytuarte et Federico Ysunza. 

Destination : Los Angeles. 

Quinze minutes après le décollage, un incendie se déclare à bord. 

Encore quelques minutes, et l’avion s’écrase sur une montagne de la Sierra Madre. 

Aucun survivant. 

C’est la pire catastrophe aérienne qu’ait jamais connu le Mexique.

Predator sera dédié aux deux hommes disparus dans l’accident. 

L’histoire l’a (presque) oublié mais Jean Claude Van Dam lui-même, a été le premier à enfiler la tenue du Predator. 

Au départ, les producteurs voulaient que la créature soit experte en arts-martiaux et se déplace comme un ninja. 

Bourré à la fois d’ambition et d’énergie, Jean-Claude Van Damme est  l’acteur idéal pour camper le personnage.

À un détail près. Le costume qu’il porte est si lourd qu’il l’empêche d’exécuter ses mouvements. 

Pire, cette carapace est si étouffante et l’atmosphère si lourde au Mexique, que l’acteur enchaîne les malaises.

Autre problème, Van Damme est plus petit que les acteurs principaux du film. Comme Arnold Schwarzenegger, Carl Weathers ou la star du catch Jesse Ventura. Pour ce qui est de l’effet de terreur, c’est mal parti. 

Et puis, Jean-Claude Van Damme se plaint. Beaucoup. Il ne digère pas que son visage n’apparaisse pas à l’écran…à quoi bon avoir Van Dam si c’est pour ne pas le montrer au public.

Bref, Van Dam en Prédator, ça l’fait pas.

Le réalisateur, John Mctiernan, vire le bruxellois et le remplace par l’acteur 

Kevin Peter Hall, qui décroche la timbale du haut de ses 2 mètres 19. 

Ce changement nécessitera de retravailler entièrement le costume du Predator – à l’origine, « un lézard avec une tête de canard », ironisait Schwarzenegger.

Le prix du costume ? 1 million et demi de dollars. Soit un dixième du budget du film !

Travailler dans la jungle au Mexique n’est pas de tout repos. 

Il fait excessivement chaud le jour et particulièrement froid la nuit. Durant les prises de vue nocturnes, Arnold Schwarzenegger souffre tellement, torse nu et le corps recouvert d’argile frais, qu’il s’envoie de larges rasades de jägertee, un thé mélangé à de l’alcool. Un genre de grog autrichien…

A l’arrivée, il finit rarement réchauffé. 

Mais très souvent ivre.

Le climat tropical ne fait pas de cadeau aux Américains.

La quasi-totalité de l’équipe du film attrape la tourista – appelée aussi là-bas « La Revanche de Montezuma » -, victime d’un purificateur d’eau défaillant dans l’hôtel où elle réside.

Durant le tournage, le décor est envahi d’araignées et de scorpions venimeux….

Le lieu de tournage, à Puerto Vallarta, est très sec en journée. Les producteurs auraient, selon la rumeur, choisi l’endroit plus pour la qualité des villas aux alentours, que pour celle du terrain. Il faut donc tous les matins le couvrir de feuilles fraîches et éclatantes. Ce qui va ralentir encore la fabrication du film.

« C’était épuisant, se rappelle Schwarzenegger. Nous passions des journées entières sur une colline, une jambe tendue, l’autre courbée, à patienter. » Épuisée, la superstar en devenir est hospitalisée pendant plusieurs jours. De retour sur le plateau, il a perdu dix kilos. Sa préparation au rôle lui en avait déjà fait éliminer 25…

Lors d’une scène de combat dans un point d’eau stagnante entre son personnage et le Predator, « Schwarzy » se retrouve également couvert de sangsues. 

Richard Chaves, qui joue Poncho dans le film, est lui victime d’une attaque douloureuse de fourmis rouges. 

Résultat de toutes ces complications : une semaine avant la fin prévue du tournage – qui devait durer au départ 56 jours – à peine la moitié du film est mise en boîte. 

Le tournage de Predator fera date dans l’histoire du bon gros cinoche gonflé aux testostérones.

Ici, c’est à celui qui s’entraînera le plus dur, qui aura le plus grand tour de biceps et les muscles les plus saillants pour apparaître à l’écran. 

Au regard des spectateurs d’aujourd’hui, une caricature, un sketch…Mais dans les années 80, tout cela était très sérieux. Un style à part entière. 

Les acteurs font venir leur propre matériel sportif afin de soulever de la fonte en permanence. 

Une émulation se crée, voulue par John McTiernan et Joel Silver, allant jusqu’à la concurrence féroce. 

Ajoutons à cette ambiance bien macho, la présence sur le plateau de Gary Goldman, ancien béret vert, chargé de conseiller les acteurs…

Plus viril, c’est impossible.

Carl Weathers avouait se lever avant tout le monde, à 3 heures du matin, afin d’avoir un physique parfait au moment du tournage.

Plus curieuse est cette demande des assureurs du film. Ils veulent qu’en permanence l’acteur Sonny Landham, qui interprète l’indien Billy, soit accompagné d’un garde du corps. 

Landham, ex-taulard et ancien acteur porno, est connu pour son caractère soupe-au-lait et son goût prononcé pour la bagarre.

La trouille des assureurs ? Que Sonny pète un plomb et déclenche une bagarre générale.

Le garde du corps n’est pas là pour le protéger des autres, mais de lui-même.

Ambiance.

Questions coups, Arnold Schwarzenegger s’en prendra un joli lot. Son sous costume de Predator, Kevin Peter Hall ne voit strictement rien. Chaque combat est bien minutieusement chorégraphié. Sauf que dans le feu de l’action, Schwarzy a essuyé quelques directs…… 

Le tournage de Predator se termine au bout de six mois. Les retards se sont accumulés.

À sa sortie en 1987, le film de John McTiernan est descendu en flammes par les critiques mais écrase tout au box-office. 

Il engrange 98 millions de dollars dans le monde. Un succès pour le metteur en scène, les acteurs et les studios. 

Predator connaîtra une suite, Predator 2, en 1991, plus proche du nanar que de l’atmosphère martiale et sanglante du premier opus. Il rapportera néanmoins 57 millions de dollars au box-office mondial. Pas de quoi crier non plus victoire. Ni s’empresser à poursuivre à l’écran les aventures du chasseur venu d’ailleurs.

Et pourtant…

Relancée en 2004, la franchise connaît un succès retentissant avec Alien vs. Predator puis Alien vs. Predator : Requiem, deux « incursions » inspirées de bandes dessinées parues aux États-Unis chez Dark Horse Comics. 

Là, les revenus dépasseront largement la barre fatidique et gourmande des 100 millions de dollars au box-office mondial.

Sorti en 2010, Predators embarque, à leur tour, l’élégant Adrien Brody ainsi que Larry Fishburne dans l’aventure.

Le dernier opus datait de 2018. Il est signé de l’acteur, scénariste et metteur en scène Shane Black qui jouait déjà le soldat Rick Hawkins dans l’œuvre originale de John McTiernan. 

Nous enregistrons ce podcast en 2022. Depuis quatre ans, le Predator n’avait donc pas donné signe de vie.

Mais si vous vous inquiétez de cette absence, rassurez-vous, son retour est prévu pour l’été.

Prey du réalisateur Dan Trachtenberg sort le 5 août en streaming. Il raconte le duel entre la créature et une jeune guerrière comanche dans l’Amérique du début du 18e siècle.

Puisqu’on vous dit que le Predator est increvable… 


Texte : Jean-Pascal Grosso

Voix : Pierre -Alain de Garrigues

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