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Virgil Abloh, Fier d’être noir !

Octobre 2019

La scène est identique dans plusieurs pays de l’Europe.

Saisie par la fraîcheur humide de l’automne, une foule attend devant les portes du géant suédois IKEA.

La majorité est chaussée de sneakers, les têtes sont couvertes de sweats à capuche.

Ils ont entre vingt et trente ans, sourient, ils sont excités de vivre ce moment exceptionnel, sentir cette adrénaline.

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Pour faire la queue, ils sont arrivés très tôt, voire tard dans la nuit.

Le stock sera vite épuisé, ils le savent.

10 h 01

Les portes coulissantes glissent.

Dans la cohue, les consommateurs impatients se jettent à l’intérieur.

Galvanisés par l’hystérie collective, certains courent droit devant eux, d’autres escaladent les tourniquets de sécurité.

C’est une course.

Les baskets crissent sur le sol lisse de la grande surface et quand il faut effectuer un virage, plusieurs tombent de tout leur poids.

Mais on saute sans pitié par-dessus les corps.

Pas de place pour les faibles ce matin-là.

C’est sauve-qui-peut et que le meilleur gagne.

Les plus rapides repèrent le butin convoité.

Ils repartiront avec une horloge, un tapis, une parure de lit, une chaise, un sac, une boîte à outils, une lampe, une table…

Des objets fonctionnels.

Alors, pourquoi se mettre dans un tel état ?

Parce que ces objets pratiques du quotidien, 14 en tout, s’apparentent à des œuvres d’art. Parce qu’ils ont été créés pour l’enseigne IKEA, en collaboration avec le designer en vogue : l’américain Virgil Abloh.

Toute la collection est vendue en moins d’une heure.

Et le jour même, certains produits sont en revente sur Internet.

Mais à un prix beaucoup plus élevé.

Les clients sont prêts à se battre, car ce que touche Virgil Abloh est in : un tapis, une bouteille d’eau ou une paire de basket. Peu importe. C’est lui qui dicte la tendance.

Pendant seulement une décennie, il va régner sur le royaume du cool et prouver que l’on peut créer en brisant les préjugés et les frontières entre les arts.

Il va briller comme une étoile filante jusqu’à s’éteindre en plein vol, en 2021.

À seulement 41 ans. 41 ans…

Mais il aura employé sa courte vie à réaliser tous ses rêves, lui qui n’était pas destiné à une telle carrière. Lui le gamin des nineties qui rêvait devant la télévision, qui absorbait ces trois mots, ce slogan de la marque Nike : « Just Do It ». Fais-le ! Fonce !

Même si ça paraît impossible…

C’est possible.

Les années 90.

Virgil est un ado noir américain.

Il est né à Rockford, dans l’Illinois.

Ses parents viennent d’un du tiers-monde, du Ghana.

Un petit pays lointain, en Afrique, où les enfants jouent au foot pieds nus dans le sable et où les opportunités sont rares.

Lui, il a de la chance. Il mange à sa faim, il a un vélo, un skateboard, un ghetto blaster avec lequel il écoute du hip-hop à fond.

Son père travaille dans une entreprise de peinture, sa mère est couturière.

Il a une petite sœur.

Ils ont une vie tranquille avec juste ce qu’il faut et surtout de la sérénité et de l’amour.

On est loin du brouhaha de Chicago.

Encore plus loin de New York, la big Apple.

C’est la banlieue. On s’y ennuie un peu quand on est enfant et beaucoup quand on est adolescent.

On regarde pas mal la télévision. MTV surtout et ses clips de rap.

Et quand on enfourche son vélo pour parcourir les rives de la Rock River le vent sur le visage, on se prend à rêver.

Virgil rêve.

Il est né en 1980.

Juste à temps pour vivre l’essor du hip-hop, en pleine adolescence.

Traîner après l’école en baggy, avec son maillot numéro 23, comme celui de Mickaël Jordan.

S’entraîner à la maison sur des platines puis commencer à passer des disques en soirée, s’essayer comme DJ.

Découvrir le dessin par le graffiti.

Apprendre l’esprit de communauté et d’entraide avec les copains qui skate comme lui.

Et puis les années 90, c’est aussi le temps fort du grunge et le petit banlieusard est lui, fan de Guns N’ Roses.

C’est la culture des nineties.

Et le jeune Virgil n’est pas sectaire, il ne choisit pas de camp.

Le hip-hop, le skate, le grunge ? Tant que ça lui plaît pourquoi choisir ?

C’est la même street culture, le même sentiment d’appartenance à un groupe et surtout : c’est cool.

Il passe aisément entre ces différents univers, comme un électron libre.

Mais surtout, il observe. Il aime les codes, s’en emparer et jouer avec.

C’est comme une langue qu’il parle couramment. Une passion.

Mais le père qui a fait tout ce chemin depuis un pays pauvre veut une chose : que son fils soit ingénieur. Pour lui, c’est un symbole de réussite, la garantie d’un avenir solide.

Le jeune homme n’est pas du genre rebelle. Il grandit et part tout simplement dans l’état d’à côté, le Wisconsin, pour entreprendre des études d’ingénieur en génie civil.

Puis il choisit sa spécialité. Il va parfaire sa formation avec une maîtrise en architecture, à Chicago. De quoi concilier son goût pour la création, le dessin et les désirs du patriarche.

Mais un de ses professeurs le prend sous son aile et le pousse à étudier les logiciels informatiques en détournant leur fonction première.

C’est ainsi que Virgil réalise ses premiers designs de t-shirt.

Il est attiré par la mode.

Il réalise que beaucoup de marques commencent à commercialiser des vêtements empruntant le look des skateurs ou des rappeurs. Comme si la « sous-culture » de la rue n’était plus perçue par un prisme négatif.

Il se passe quelque chose.

Alors en 2002, à Chicago, après avoir soumis ses idées à une enseigne de streetwear spécialisée dans l’impression de t-shirt, il est embauché.

C’est là que la magie du hasard ou du destin va opérer.

Car le manager d’un rappeur de Chicago, un certain Kanye West, passe dans cette boutique à la recherche de nouveaux créateurs.

Il repère Virgil Abloh.

Il le présente à Kanye.

Bingo !

Les deux jeunes hommes ont plusieurs points communs :

Quasiment le même âge : une vingtaine d’années.

Comme Virgil, Kanye a grandi dans l’Illinois.

Ils ont tous deux une origine africaine de première génération, car la mère de West est angolaise.

Ils sont issus de la même classe moyenne.

Et depuis l’enfance l’art est pour eux un moteur, avec notamment le dessin et le hip-hop.

En bref, ce sont des frères d’âme et ils se rencontrent.

L’entente artistique est immédiate.

Ils s’enthousiasment des mêmes choses.

Ils deviennent amis.

Des amis qui durant une décennie vont être inséparables.

Kanye West va prendre toute la lumière, certes.

À ce moment-là, c’est lui l’artiste.

Depuis plusieurs années, il opère comme beatmaker pour de grands noms du rap et du RnB. C’est déjà un producteur accompli et il se lance tout juste avec un premier album solo. La critique est unanime, sa cote de popularité monte en flèche et le rappeur est classé parmi les 100 personnalités les plus influentes de la planète par le magazine Forbes.

Pendant ce temps, harnaché à son laptop, Abloh œuvre dans l’ombre.

Il est le directeur artistique de West.

Il supervise son stylisme, ses prestations scéniques et son merchandising.

Aux côtés de Kanye, Virgil est comme à bord d’une fusée. Il va prendre cet ascenseur social, profiter du succès de son ami et collaborateur.

Mais en façonnant son image, on peut aussi considérer que l’ancien étudiant en architecture contribue largement à la création du phénomène de la musique. 

Kanye West commence à attirer l’attention des maisons de couture et en 2009, il collabore avec Louis-Vuitton pour sortir une paire de basket. La création est bien sûr réalisée par Virgil qui se charge de traduire les idées de Kanye.

C’est une occasion en or.

Passionné par le streetwear, le styliste peut dessiner son premier modèle de sneakers en s’inspirant d’un modèle mythique de Nike : la Air Force.

Il est invité dans ce cadre à assister à la Fashion Week parisienne. L’effervescence créative, les tendances… C’est une révélation.

La même année, il décroche un stage auprès de Karl Lagerfeld chez Fendi, à Rome. Pour l’anecdote, il n’est rémunéré que 500 € par mois !

Mais il observe le fonctionnement d’une grande marque et le projet de Virgil se précise.

Toujours en 2009, galvanisé par ces expériences dans le luxe, Virgil s’associe avec quelques amis et créent la RSVP Gallery, à Chicago.

Le designer en herbe créé un espace qui lui ressemble.

Un lieu hybride entre garage, clubbing et boutique de luxe.

Le design est urbain avec des touches régressives comme la figurine d’un héros de manga grandeur nature et le plafond est éclairé de néons verts fluorescents.

On y trouve une sélection pointue de designers streetwear et des pièces vintage de grands couturiers.

Ce concept store branché ressemble à un QG, un endroit où l’on peut traîner avec ses copains. Et il attire plusieurs stars du hip-hop, car l’influence de Abloh s’élargit.

Il est prêt. Il va créer sa propre marque de vêtements.

En 2012, Virgil Abloh lance Pyrex Vision.

Le designer commence par sortir des t-shirts et des chemises. Un choix simple.

Sauf qu’il s’agit d’exactes copies des marques Champion et Ralph Lauren.

Une seule différence : il les estampille de son propre logo.

Ces basiques iconiques, il les pioche dans un vestiaire qui symbolise la Ivy League, ces universités prestigieuses pour jeunes fortunés.

Entre la surprise et la colère, c’est la fascination qui l’emporte et tout le monde en parle.

Le designer s’amuse à démocratiser les codes des classes supérieures, en les faisant descendre dans la rue. Il brise les murs d’une société figée. Et ce, faisant, il créé l’événement avec ce qu’il faut d’ironie et de transgression pour attirer l’attention du public et des médias.

Pourtant un an après, Pyrex Vision cède la place à un concept plus fort. Finalement, ce premier label aura été le coup d’essai avant le coup de maître.

Fin 2013, le designer lance une nouvelle marque.

Cette fois, il présente un projet plus sophistiqué.

Le nom de sa nouvelle griffe ? « Off-White »

En Anglais, il s’agit d’une nuance de gris : un entre-deux indéfini.

Et comme Pyrex Vision, le logo est noir et blanc, composé de lignes diagonales.

Off-White réalise un mariage impossible : la sophistication couture du luxe à la nonchalance pratique de la rue.

Parce que Abloh veut traduire une vision : un monde transversal que le vêtement permet en quelque sorte de parcourir…

Sans visa.

Instagram n’existe que depuis deux ans, mais le créateur fonce. Il publie des photos de stars portant sa marque parmi lesquelles Beyoncé, Rihanna, Kendall et Kylie Jenner, Travis Scott, Jay-Z, Drake, sans oublier Kanye West.

Oui, car aux côtés de ce dernier, Virgil a développé de précieuses amitiés.

Des artistes hyper médiatisés qui adoubent la griffe.

C’est exactement ce qu’il fallait pour que la machine s’emballe.

Off-White envahit la rue et les garde-robes des plus grandes stars.

Les collections Off-White sont présentées lors de la Fashion Week.

49 boutiques sont ouvertes dans le monde, dans des villes comme Hong Kong, Tokyo, Milan, Londres et New York.

Selon le site Lyst, 5 ans après sa création, en 2019, la marque était la plus influente sur Internet, devant Balenciaga et Gucci.

En juillet 2021, 60 % des actions sont rachetées par le groupe LVMH. Les chiffres n’ont pas été révélés, mais cette transaction confirme la réussite de l’ancien gosse de l’Illinois qui rêvait sous sa capuche Nike.

En 2015, Virgil Abloh participe au concours LVMH qui récompense les jeunes talents de l’industrie de la mode. Il est finaliste, mais ne remporte pas l’édition.

En revanche, depuis sa réalisation d’une sneakers pour Louis-Vuitton en 2009, les géants du luxe ont observé l’évolution de l’outsider.

Le succès d’Off-White est flagrant. Ce créateur séduit les jeunes adultes tant convoités par les marques.

D’un côté, il y a ce jeune leader charismatique qui dicte les tendances et de l’autre il y a Louis-Vuitton, une enseigne qui vieillit avec ses clients et qui a besoin d’un dépoussiérage décapant.

En 2018, la marque à l’imprimé Monogramme nomme Virgil Abloh directeur artistique de sa ligne homme.

Une reconnaissance absolue.

Le fils d’immigrés ghanéens devient le premier homme noir à occuper ce poste dans l’une des plus anciennes maisons de mode française. Et il est le troisième homme noir à la direction d’une ligne de luxe après Ozwald Boateng chez Givenchy et Olivier Rousteing chez Balmain.

Une révolution qu’il était de temps de voir !

Juin 2018

C’est le premier défilé de Virgil Abloh pour Louis-Vuitton.

Dans les jardins du Palais-Royal, les mannequins défilent sur un arc-en-ciel.

Le thème du show ? We are the world, en référence au titre des années 80 composé par Mickaël Jackson et Lionel Richie contre la famine en Ethiopie.

La culture noire est à l’honneur, les modèles affichent une diversité emblématique.

Le designer a invité 3 000 étudiants à assister à l’événement. Il est dans la place, et ouvre les portes à ceux qui d’ordinaire sont laissés sur le trottoir.

À la fin du défilé, Virgil avance sous les claps d’une standing ovation.

Les épaules en avant, la tête baissée, il ne peut pas contenir ses larmes.

Il pleure.

Il pleure comme un ado qui vient de vivre son plus grand rêve.

Dans la foule des sourires admirateurs, il reconnaît son ami de 10 ans venu le soutenir : Kanye West.

Les frères se rapprochent. Abloh se jette littéralement dans ses bras.

On voit qu’il le serre fort. Il ne peut plus le lâcher.

À quoi pense Virgil durant cette longue étreinte ?

J’y suis.

Nous y sommes.

Les deux gamins de Chicago…

Et tu entends ?

Ils applaudissent.

Virgil Abloh est l’homme qui valait trois milliards.

Tout ce qu’il touche devient désirable.

De nombreuses enseignes en mal de hype sollicitent ce prince du cool.

Les logos pleuvent :

Moncler, levi’s, Timberland, Champion, Heron Preston, Jimmy Choo, Converse, NBA, Rimowa, Baccarat et bien d’autres !

Parmi ses nombreuses collaborations, certaines surprennent.

Il travaille avec Mercedes sur le design futuriste d’un SUV.

Braun, la marque d’électroménager fait appel à ses talents pour créer un réveil épuré aux couleurs pop.

Il signe pour l’album commun de Jay-Z et Kanye West, Watch The Throne, une pochette comme un bijou : gold et tout en relief.

Avec l’artiste contemporain Takashi Murakami, il créé une collection d’œuvres mêlant l’univers kawaï à l’esthétique streetwear. Ils réalisent notamment un drapeau américain composé de logos.

Evian s’associe avec Virgil Abloh pour sortir une ligne 100 % écolo. Composée d’une bouteille et d’une série de gourdes, l’eau s’habille d’un look moderne aux couleurs arc-en-ciel.

IKEA créé l’événement quand il abrite dans ses grandes surfaces des objets stylisés par le designer. Abloh va jusqu’à utiliser une représentation de la Joconde pour en faire une lampe.

Moët & Chandon ne résiste pas à la tentation. Virgil appose sa touche ironique sur leur bouteille mytique avec une phrase interpelante : « Do not drop »

Même le New York City Ballet fait appel à ce génie du marketing pour dessiner les costumes d’une création.

La collaboration avec Nike incarne la démarche de ce designer. Il rend hommage aux pièces emblématiques du passé en les mettant au goût du jour sans altérer leur essence. Ce fan de Michael Jordan revisite 10 baskets iconiques de la marque, comme une ode à sa propre adolescence.

Virgil Abloh ne se perçoit pas lui-même comme un designer, mais comme un artiste.

Le succès fait du bruit et on accuse l’ancien étudiant en architecture de plagiat.

Pour Pyrex Vision, il se servait littéralement dans les stocks de Champion et Ralph Lauren. Avec Off-White et Louis-Vuitton, on lui reproche de ne pas créer, mais de simplement déstructurer des silhouettes classiques, d’y apposer des logos XXL, ou juste de les aciduler de teintes fluo.

En somme, ce qui chiffonne certains professionnels et critiques de mode, c’est que le travail du designer est pour ainsi dire « trop facile », voire grossier.

Mais n’est-ce pas ce qui plaît chez ce créateur ?

Cette nonchalance apparente qui séduit des consommateurs réputés adolescents attardés, que l’on nomme les  » millénials ».

Il a peut-être tout simplement su traduire la nostalgie, le syndrome de Peter Pan d’une génération qui ne veut pas grandir.

Ses créations sont des madeleines de Proust, et à travers elles, il rend hommage aux anciennes idoles du basket, du skate ou du hip-hop.

Virgil Abloh est plébiscité comme le chantre de notre époque. Celui qui a su parler un langage : celui des jeunes adultes.

Ce qu’il a réalisé ce n’est pas une basket, un jean ou le design d’une Mercedes, mais un concept. Souvent comparé dans son approche à un Karl Lagerfeld, on peut dire de lui qu’il est un visionnaire.

Selon ses propres mots : « Maintenant, la mode est tenue de faire quelque chose qui dépasse le vêtement seul. »

Ce qu’il a réalisé, était-ce trop simple, trop facile ou vulgaire ? Peut-être.

Mais il l’a fait. Et ça a marché.

Just do it.

On sait finalement peu de chose de la vie privée du designer.

L’image que l’on a de lui est celle d’un homme humble, discret. Qui véhiculait volontiers des messages d’amour lors de ses interviews. Replaçant toujours son succès à l’aune de toute une communauté d’artistes noirs.

D’ailleurs, il s’investit dans plusieurs initiatives philanthropiques en faveur des jeunes issus des minorités.

Depuis 2017, il est partenaire d’une association qui vise à réduire la violence par arme à feu.

En 2017 encore, il aide au financement d’un skatepark au Ghana.

En 2020, il créé Abloh fund afin d’offrir des bourses aux étudiants de mode prometteurs d’origine afro-américaine ou africaine.

La même année, avec Off-White, il lance une collection en soutien à la communauté noire américaine dont les business sont mis à mal par la covid-19.

Et tout au long de sa carrière, il aide à l’amélioration des parcs et des aires de jeux à Chicago.

Marié depuis 2009, père de deux enfants, sa vie semble presque banale.

En 2019, il est diagnostiqué.

Il souffre d’un cancer rare.

Une tumeur maligne située au niveau du cœur.

Les traitements sont difficiles, inefficaces. Il choisit de garder sa maladie secrète et continue de travailler de front sur ses collections pour Off-White et Louis-Vuitton.

Le 28 novembre 2021, Bernard Arnault fait une annonce sur Twitter : «(…) Virgil n’était pas seulement un designer de génie, un visionnaire, il était aussi une belle âme et un homme d’une grande sagesse. »

La nouvelle provoque une onde de choc.

Le créateur s’éteint à seulement 41 ans. 

Le 30 novembre, la nuit tombée à Miami, alors que l’émotion est encore palpable, la maison Louis-Vuitton lui rend hommage en faisant défiler une seconde fois sa dernière collection.

Les mannequins hommes issus en grande partie de la diversité défilent entre de longs bouleaux. Les tenues ont ce brin d’excentricité emprunté à la rue, aux mangas, aux héros de l’enfance. Les couleurs sont roses, acidulées, fluorescentes. Les hommes portent des jupes, des cagoules ou de gros sacs à dos comme des ados des nineties. Ils ne suivent pas un chemin linéaire comme sur de nombreux podiums. Au contraire, ils empruntent une ligne sinueuse, ils zigzaguent comme l’imagination libre de Virgil Abloh.

Dans le silence, sa voix résonne :

« Mon idée en terme d’art et de créativité était de faire en sorte que les adultes redeviennent des enfants. Qu’ils arrêtent de réfléchir pour enfin se servir de leur imagination. »

Les lumières s’éteignent. Les gradins vides s’éclairent des teintes de l’arc-en-ciel qui se reflètent dans l’eau dormante qui les borde. Et dans l’obscurité iridescente, la voix du designer sonne encore, bientôt ponctuée d’un feu d’artifice en son honneur, sur le fond d’une musique vibrante :

« Il n’y a aucune limite. La vie est si courte que vous ne pouvez pas gâcher une journée à vous laisser dicter ce que vous pouvez faire alors que vous savez ce dont vous êtes capable. »

« Virgil was here » Pour la triste occasion, un court-métrage est diffusé.

Un gamin noir parcourt la ville à vélo, il veut atteindre un but. Il s’acharne et il y arrive. Finalement, il lâche son vélo et embarque pour s’envoler dans les airs. L’immense montgolfière est comme remplie par son souffle de petit garçon qui s’est peut-être autorisé une chose : c’est de rêver les yeux ouverts.

Texte : Gaëlle le Scouarnec

Voix : Caroline Klaus

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