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Eté 2019 Kiev, capitale de l’Ukraine.

Un soleil radieux brille sur le palais Mariinsky, La résidence présidentielle est en ébullition. Un nouveau président vient d’être élu.

Un groupe de journalistes trépigne d’impatience devant ce palais baroque, peint en bleu, comme le bleu du drapeau ukrainien.

Une porte s’ouvre avec fracas. Il est là : le nouveau président apparaît ! L’homme lève la tête, il écarquille les yeux et sa bouche s’arrondit… En voilà une surprise, il ne s’attendait pas à se trouver face aux journalistes ! Un éclat de rire s’empare de l’assistance. Il se précipite vers eux, main tendue. « Salut, salut, Je suis très content de vous voir ici ! » Le protocole vole en éclats. Volodymyr Zelensky
ressemble à un grand gosse et sa bonne humeur est contagieuse. Il n’a pas l’attitude solennelle d’un chef d’État.

On se presse autour de lui. Il est seul. Pas de conseillers, de hauts fonctionnaires pour l’accompagner. Pas même de gardes du corps pour le protéger…

Zelensky enchaîne sur un ton complice: « Suivez-moi, je vais vous montrer à quoi ça ressemble ! »

L’euphorie monte d’un cran. Un genre d’excursion improvisée ! Le président s’immobilise quelques secondes devant une porte de bois clair. Il fait mine d’hésiter. Son ton oscille entre bonhomie et malice. « J’y connais rien au règlement.. Vous croyez que j’enfreins la loi si j’entre à l’intérieur ? J’y vais, ou j’y vais pas? » Le suspens monte… Enfin ! les portes s’ouvrent.

La petite troupe s’engouffre dans le cabinet présidentiel. Bureau massif, gigantesques drapeaux bleus et jaunes.. Tous les attributs du pouvoir sont là !

Zelensky poursuit son numéro de charme.

Il ironise sur le gros appareil téléphonique qui trône sur le bureau et doit bien dater des années 80. Il va falloir passer au IPhone !

Les reporters jubilent : La connivence est parfaite.

Mars 2022, même lieu.

Zelensky, portable en main, se filme en train de parcourir les corridors du palais.

Ses traits sont tirés. Il parle à mi-voix « Il fait nuit à Kiev, on est lundi et vous savez ce qu’on dit : lundi, c’est un jour compliqué… En ce moment, tous les jours ressemblent à des lundis.. ». Sur ces mots , il s’installe à son bureau. La comédie a pris fin. L’humoriste s’est mué en chef de guerre.

Volodymyr Zelensky naît en 1978 à Kryvyï Rih une ville industrielle, au Sud Est de l’Ukraine.

Le pays fait encore partie de l’URSS mais la transition s’amorce. Année après année, l’étau soviétique se desserre.

L’Ukraine acquiert plus de liberté et la culture occidentale gagne du terrain.

A la télévision, le petit Volodymyr rit devant les frasques de Benny Hill et les pitreries des Monty Pithon.

Il a 11 ans lorsque le mur de Berlin tombe.

Deux ans plus tard, c’est au tour de l’URSS de s’effondrer, l’Ukraine obtient immédiatement son indépendance !

Depuis qu’il est gamin Volodimir rêve de monter sur scène. Interpréter des personnages loufoques et faire rire aux éclats, c’est son truc ! La profession de saltimbanque n’offrant pas les meilleurs débouchés.. Le jeune homme suit un temps des études de droit, histoire de rassurer ses parents.
Mais…Chassez le naturel, il revient au galop ! Son amour du jeu reprend rapidement le dessus.

2001. Il a 23 ans. Avec une bande d’amis, il participe aux KVN…Un jeu télévisé très populaire en Russie. Des jeunes venus de tout le monde slave, s’affrontent à coups de Sketchs et d’impros.
Volodymyr excelle : Il a le sens du rythme et de l’énergie à revendre.
Il ne compte pas s’arrêter là.
Deux ans plus tard, il fonde la société de production Studio Kvartal 95. L’ambition de ce collectif ? Écrire et produire des fictions qui mêlent humour et politique…

Et en humour… Zelensky est capable de tout !
Il se grime en Napoléon de pacotille pour chanter du Joe Dassin…il exécute, en cuir et talons aiguilles, des chorégraphies suggestives, il n’a aucune limites. Benny Hill et les Monty Python ne sont pas loin !
Zelensky en rajoute des tonnes. Quitte à se vautrer dans la vulgarité : jouer du piano avec un membre particulier de son anatomie n’est pas donné à tout le monde…

Les Ukrainiens rient et applaudissent à tout rompre. Le divertissement foutraque est bienvenu.
Le pays traverse une période de troubles sans précédent : une révolution en 2008 et une deuxième en 2014 ! La même année, la province du Donbass proclame son indépendance. Officiellement, la Russie n’intervient pas mais la nationalité des mercenaires venus prêter main forte aux séparatistes ne trompe personne… Poutine avance en Ukraine. Pour ses richesses, notamment du pétrole, mais aussi parce que le pays se rapproche de l’OTAN et de l’Union européenne. Pas question pour le grand frère russe de perdre son influence. Si l’Ukraine est surnommée la petite Russie, ce n’est pas pour rien. De par leur histoire et leurs cultures, les deux nations sont étroitement liées.

Loin des querelles politiques, Volodymyr continue son ascension. Il anime chaque semaine sur la chaîne 1 plus 1 l’émission Quartier Soir. Devant les caméras, le comédien enchaîne les scénettes comiques, les interviews décalées et les parodies débridées… Le comique soutient la comparaison avec les talk shows américains : l’émission est numéro Un en Ukraine ! Volodymyr Zelensky acquiert le statut de star nationale.

2015.
La série Serviteur du Peuple sort sur les petits écrans ukrainiens. Volodymyr Zelensky en est le producteur, le scénariste, le réalisateur et bien sûr, l’acteur principal ! L’histoire ? Un modeste professeur de collège devient, par un incroyable concours de circonstances, président de la République.
La série cartonne.
Le héros devient le porte-voix d’une nation. Les ukrainiens sont excédés par la corruption. Il leur faut un dirigeant qui ne s’en mette pas plein les poches et auquel il puissent s’identifier : un gars honnête et droit.
Les téléspectateurs se prennent à rêver… Zelensky paraît si sincère… comment ne pas le confondre avec son personnage, le professeur Vassia ?

L’acteur prend goût au jeu. Entre fiction et réalité il n’y a parfois qu’un pas qu’il est prêt à franchir allègrement…
Le 31 janvier 2019 sur le plateau de télévision de Quartier Soir, Zelensky annonce sa candidature aux prochaines élections présidentielles.
Dans la foulée, le comédien crée son propre parti. Et quel nom donne-t-il à son parti ? Le même nom que la série ! Serviteur du Peuple ! Autant y aller à fond dans le brouillage des cartes.
Le programme politique de Zelensky tient sur un timbre en poste.
Peu importe. Ce qui compte, ce ne sont pas les idées mais l’homme qu’il représente : authentique, au-dessus des luttes partisanes et des petits arrangements entre amis !

Les experts de la vie politique haussent les sourcils.

Volodymyr, le candidat antisystème? C’est le comble de l’hypocrisie ! Il est notoirement connu pour être un proche du très puissant Ihor Kolomoïsky : la troisième plus grosse fortune d’Ukraine !
Ce personnage peu recommandable a dirigé la première banque du pays et n’est autre que le directeur de la chaîne 1 plus 1, celle-là même dans laquelle travaille Zelensky…
Pour faire du chiffre, le redoutable oligarque est connu pour ne pas s’encombrer de morale…
Il aurait déjà détourné des milliards de roubles !
La presse indépendante s’inquiète : Et si Zelensky n’était qu’une marionnette?

Le comique ignore les critiques et s’attelle à sa campagne. Volodymyr est un candidat d’un genre nouveau. Il maîtrise l’art de la scène et du storytelling comme personne. Sa campagne, il va la mener comme un cinéaste hollywoodien : un récit palpitant digne des plus grands blockbuster.

Au placard les meetings barbants et les discours fleuves ! Micro en main, l’aspirant président clame en chanson son amour de la patrie. Derrière lui, un gigantesque écran diffuse des images d’une Ukraine idyllique. On ne lésine pas sur les moyens quitte à faire dans la surenchère. Chœurs tonitruants, chorégraphies millimétrées… A-t-on vraiment quitté les plateaux télé ?

Une chose est sûre : Zelensky est à l’aise. Son contact avec la population est naturel, chaleureux. Si certains crient à la mascarade populiste, la plupart des ukrainiens succombent.
Étrange concours de circonstance… Tandis que le candidat Zelensky fait campagne, la dernière saison de sa série, Serviteur du Peuple, tient en haleine des millions de téléspectateurs. Le héros fictif, le professeur Vassia, est déjà président !
Arrivent les élections.
Zelensky remporte le premier tour haut la main. Il déborde de confiance en lui. Dans un clip aux allures de House of Cards, il met au défi son adversaire, le président sortant Pétro Porochenko : un face-à-face dans un stade de foot !
Porochenko est en perte de vitesse dans les sondages… Il accepte.
Ceux qui espéraient un débat classique peuvent se rhabiller. Zelensky mène le jeu selon ses conditions. Punchline contre punchline !

12 juin 2019. Avec 73 pour cent des voix, Volodymyr Zelensky est élu président. Il n’a que 41 ans.
Le scénario de la série télé devient réalité.
Le nouveau chef d’État peaufine son image de type intègre et simple. Il passe au détecteur de mensonges les membres de son parti accusés de corruption. Les interrogatoires sont même diffusés en direct l !
En parallèle il diffuse des vidéos ou il se filme en selfie et raconte sa routine de président normal.

Très bien… mais pour ce qui est du reste ? Zelensky se montre-t-il à la hauteur ?
Pas sûr…
Le conflit au Donbass se poursuit et l’économie nationale est à la traîne. Un an ne s’est pas écoulé depuis son élection, que le nouveau président est le héros d’un gigantesque scandale.
Des conversations téléphoniques entre lui et Donald Trump sont révélées au grand public. Le président américain est prêt à verser 400 millions de dollars à l’Ukraine… À une petite condition… Il faut que les autorités ukrainiennes traînent devant les tribunaux, le fils de son adversaire Joe Biden, qui fait des affaires en Ukraine… En fouillant un peu on devrait bien trouver quelque chose qui déstabiliserait son papa ! Si Trump n’obtient rien Zelinsky peut dire adieu aux billets verts !

Le président ukrainien est sommé de se justifier devant la presse.
Sous les flashs des photographes Zelensky perd de sa superbe. Il semble embarrassé, complètement écrasé par l’affaire. Il devient la risée de la communauté internationale.
On lui fait porter le surnom peu flatteur de Monika Zelensky…

Mois après mois, son image d’honnête homme fond comme neige au soleil.
Quand ses partisans ne sont pas accusés de recevoir des pots-de-vin, ce sont ses comptes off-shores qui refont surface.
Zelensky a bien du mal à garder le cap, mais une autre menace bien plus grave se profile… La Russie amasse ses troupes à la frontière.

Les États-Unis tirent la sonnette d’alarme. On craint une invasion de grande ampleur. Zelensky essaie de temporiser. Mais l’histoire s’accélère.

24 février 2022. Les troupes russes envahissent l’Ukraine. Le monde retient son souffle.
Pour la première fois, depuis des décennies, un pays européen bascule dans la guerre.
On craint un nouveau conflit mondial.

Pour la première fois, depuis des décennies, un pays européen bascule dans la guerre.
L’Ukraine doit courber l’échine.
La tête du président ukrainien est mise à prix. Il est victime de plusieurs tentatives d’assassinat.
Les États-Unis et le Royaume-Uni proposent de l’exfiltrer.
Zelensky refuse. Il reste à Kiev et prononce dans la foulée cette petite phrase : « J’ai besoin de munitions, pas d’un taxi. »
Les bombes pilonnent le pays jours et nuits. Sa vie est en danger, mais le président ne cède pas. Il a décidé de rester à Kiev auprès de son peuple. La surprise est générale. Du jour au lendemain, Zelensky se change en héros.

A-t-il le choix ? De son attitude dépend le moral des Ukrainiens. Il doit se poser en modèle de courage et résistance. Pour reprendre ses mots : « Nous n’avons rien d’autre à perdre que notre liberté et notre dignité”. Du palais présidentiel, Zelensky s’adresse régulièrement au peuple ukrainien. Exit, la petite chemise, le président est à présent vêtu d’un tee-shirt kaki et d’un pantalon militaire. Volodymyr ne se présente pas non plus comme un surhomme aguerri au combat. Chacun peut le constater : il lutte contre la fatigue et l’angoisse.

Zelensky essaie comme il peut de remonter le moral de ses compatriotes. Jour après jour, il envoie des messages d’espoirs. Toute la nation est rassemblée derrière lui.
Il apparaît épuisé, les yeux cernés, vulnérable. Il pourrait être un frère, un fils, un voisin ou un ami. Le président supporte les mêmes épreuves que tous les Ukrainiens : ils ne sont pas seuls.

L’armée ukrainienne ne peut contenir les forces russes.
Kiev est cernée de toutes parts mais Zelensky a un atout de poids. Il maîtrise la communication d’une main de maître. Tandis que le Kremlin se barricade dans sa propagande mortifère, le président ukrainien s’adresse au monde. Zoom, Telegram, Instagram, Facebook… Tous les réseaux sociaux sont mobilisés.

Un jour Zelensky plaide sa cause devant le parlement britannique, un autre il s’exprime devant le parlement européen, le lendemain il harangue la Maison Blanche… A chaque fois le même discours : « Aidez-nous, n’oubliez pas l’Ukraine, si vous ne faites rien, vous serez les prochains. »
Quand il n’exhorte pas les gouvernements, il se tourne vers d’autres types de pouvoirs. Dans un tweet semi humoristique, il demande au milliardaire Elon Musk de mettre de côté ses ambitions martiennes et de redescendre sur terre pour prêter main forte à l’Ukraine.

Le magazine Time titre « Charlie Chaplin métamorphosé en Churchill ». En France, certains analystes comparent Zelensky à Jean Moulin ou à De Gaulle.
Son talent oratoire force l’admiration. Le chef d’État a un autre mérite : il refuse de tomber dans une logique purement belliciste. Zelensky poursuit les négociations avec la Russie. En parallèle, il crée des vidéos ou il enjoint les russes à protester contre la guerre.

De tous les rôles que Zelensky a interprété, c’est sans doute le plus inattendu. Le clown s’est mué en héros tragique.