fbpx
Accueil » DE VLADIMIR À POUTINE

DE VLADIMIR À POUTINE

Été 1996. 

Vladimir Poutine profite de sa datcha nouvellement construite. Il est entouré de sa petite famille : son épouse Lioudmila et ses deux filles : Ekaterina et Maria.

Cette solide bâtisse en briques est située à une centaine de kilomètres de St Pétersbourg… L’ancienne Leningrad qui l’a vu naître en 1952. 

Ce soir-là, les Poutine reçoivent dans leur résidence secondaire. 

Dans la plus pure tradition russe, le maître des lieux propose aux invités de s’adonner aux joies du bain de vapeur. 

Il fait chauffer le « bania ». Prépare les branches qui fouetteront le sang des baigneurs. Remplit le baquet d’eau froide qui endurcira les corps.

Mais un court-circuit vient tout gâcher. Tout détruire… Enfin presque tout !

Car, dans les cendres d’une datcha va naître un destin : celui de Vladimir Vladimirovitch Poutine

Soudain donc : un crépitement. Probablement, un défaut de fabrication du système de chauffage du sauna. Puis : le noir absolu, de la fumée, des flammes, et l’instinct paternel… 

Dans le plus simple appareil, Vladimir Poutine se précipite au 1er étage pour sauver l’une de ses deux filles, prisonnière des flammes. 

La suite, c’est Poutine « le super-héros » qui la raconte : 

« J’ai pris Maria par la main et je l’ai sortie sur le balcon. Puis j’ai arraché les draps du lit, je les ai noués, attaché à la rambarde du balcon, et j’ai dit à Maria : ‘Saute.’ »

Le malheureux propriétaire tente de sauver des flammes une forte somme d’argent qu’il garde en liquide dans sa maison. Peine perdue…

« J’enjambe la balustrade. Je retrouve les draps et je commence à descendre. Mais attention, nuance : j’étais dans la tenue où maman m’a vu naître. J’ai seulement réussi à m’enrouler dans un drap. Et là, vous voyez le tableau : un homme nu enroulé dans un drap qui se laisse glisser en bas et, autour, les gens qui observent avec… Beaucoup d’intérêt »

Ce récit rocambolesque, pimenté d’un humour qu’on ne lui connaît pas, Vladimir Poutine le fait dans un livre d’entretiens publié en 2000, durant sa première campagne présidentielle. 

L’homme à qui Boris Eltsine vient de céder les rênes du pouvoir n’est encore qu’un président par intérim. Pour rendre définitif son bail au Kremlin, il faut en passer par les urnes.

Le titre du livre « à la première personne » annonce la couleur : il s’agit d’humaniser un personnage que les Russes connaissent si peu.

L’homme de la rue a découvert la silhouette discrète de l’ancien espion, seulement quelques mois plus tôt. 

Dans la torpeur de l’été 1999, l’erratique Boris Eltsine a propulsé ce Poutine à la tête de son gouvernement. Premier ministre… Rien que ça !

L’année précédente, le maître du Kremlin avait déjà surpris son monde en confiant les clés du FSB, le service de renseignement russe, à cet obscur conseiller.  

Cette ascension d’une fulgurance inédite a de quoi laisser perplexes les kremlinologues. 

Mais le président russe a ses raisons… Il sait pouvoir compter sur ce serviteur zélé. 

Quelques mois plus tôt, il a réglé de main de maître l’épineux dossier Yuri Skuratov. Ce procureur menait avec un peu trop d’entrain une enquête sur des soupçons de corruption visant Boris Eltsine. 

Vladimir Poutine avait riposté par un bon vieux « kompromat » : une vidéo montrant le procureur (ou un sosie) dans un lit avec deux jeunes prostituées. Réputation détruite. Affaire réglée. 

En cette année 1999, Boris Eltsine prépare sa sortie et… ses arrières. Il a besoin d’un homme de confiance qui le protégera contre les poursuites quand il ne sera plus au pouvoir. Un homme qui s’assurera que les squelettes restent enfermés à double tour dans les placards. 

Poutine a, de ce point de vue, le profil du successeur idéal…

Le 31 décembre 1999, un millénaire s’achève. Un règne chaotique aussi !

Boris Eltsine prend tout le monde de court en annonçant sa démission avec effet immédiat. 

Le temps d’organiser de nouvelles élections présidentielles en mars, l’intérim sera confié au Premier ministre, Vladimir Poutine. 

Manœuvre parfaitement exécutée. Le protégé deviendra le protecteur.  

Jusqu’à sa mort, Boris Eltsine pourra profiter l’esprit tranquille de ses millions planqués en Suisse. L’une des premières décisions de son successeur sera de lui garantir l’immunité.  

Ce remplacement encore provisoire à la tête de l’Etat est plutôt vu d’un bon œil par les Russes. 

À 48 ans, le président par intérim incarne la jeunesse, le sérieux et surtout la sobriété. À l’exact opposé d’un Boris Eltsine, malade, instable et imbibé du soir au matin. 

Le bateau-ivre du Kremlin a trouvé un homme à poigne pour tenir le gouvernail. 

Dans un contexte de guerre en Tchétchénie et de menace terroriste, sa fermeté rassure. Il a déjà fait ses preuves durant ses cinq mois comme Premier ministre. Les décombres de Grozny littéralement rasée par les bombardements peuvent en témoigner. 

Mais Vladimir Poutine le sait bien. Sa réputation de dureté ne garantit pas à elle seule la victoire à la présidentielle de mars. 

« Buter les Tchétchènes jusque dans les chiottes », comme il a promis de le faire, c’est bien… Mais émouvoir la Babouchka, c’est encore mieux…  

Moscou vaut bien un livre-confession. 

Et l’incendie de la datcha s’impose comme une belle anecdote biographique… 

L’histoire, a-t-elle été fabriquée de toute pièce ou seulement « arrangée » pour forger la légende Poutine ? 

Finalement, qu’importe la réponse.  L’ancien officier du KGB est bien placé pour le savoir : seules comptent les vérités officielles… Celles que l’on fabrique soi-même. 

Cette « vérité », imprimée noir sur blanc dans cette première biographie, éclaire sur le grand dessein de Poutine. 

Le récit de l’incendie de la datcha doit se lire comme une allégorie. La maison qui flambe, c’est la Russie. Le sauveur, c’est… Le narrateur de ses propres exploits. Même les économies en rouble qui partent en fumée – comme la devise nationale – n’ont pas été oubliées… 

Le message subliminal est limpide comme les eaux de la Neva : « Votez pour moi… et la Russie retrouvera sa grandeur passée. »

Car Vladimir Poutine n’a pas totalement fait son deuil de la glorieuse URSS, dont l’arrêt de mort a été signé à contre-cœur par Gorbatchev, le 25 décembre 1991. 

Un jour de Noël bien triste pour Poutine qui, plus tard, décrira l’effondrement de l’empire soviétique comme « la plus grande tragédie géopolitique du XXe siècle ». 

Certes six mois plus tôt, il a rendu sa carte du parti. 

Cet adjoint du maire progressiste de Saint-Pétersbourg, Anatoli Sobtchak, est même descendu dans la rue… Et pas pour infiltrer et ficher les manifestants, comme il l’avait si souvent fait dans le passé. Non cette fois, Vladimir Poutine se joint aux cortèges pour protester contre le coup de force de la vieille garde communiste. 

Mal ficelé, le putsch d’août 1991 précipite au contraire la chute de l’URSS. 

Six mois plus tard, le drapeau rouge frappé de la faucille et du marteau est donc descendu pour la dernière fois du mât qui domine le Kremlin. Un déchirement pour l’ancien agent secret du KGB. 

Comment oublier que c’est la patrie de Vladimir Ilitch Lénine qui a façonné l’homme qu’il est devenu ?

Dès le berceau, « Volodia » a été biberonné au marxisme-léninisme. Son père Vladimir Spiridonovich, ouvrier d’usine et membre du parti, l’a élevé dans la foi communiste. 

Il est loin d’être un enfant modèle. 

Il a le coup-de-poing facile et adore montrer ses muscles… Une habitude qui ne changera pas avec l’âge. La terre entière apprendra à admirer les pectoraux du président russe… Dans les eaux glacées d’un fleuve, dans les bois, canne à pêche ou fusil à la main, à dos de cheval, il aime exhiber sa force virile ramassée dans 173 centimètres de testostérone. 

Son corps a été sculpté par une pratique assidue de différents sports, notamment la lutte russe (le sambo) et surtout le judo. Il fréquente les tatamis depuis l’âge de 11 ans. 

Dans les années 60, mieux vaut donc ne pas provoquer le jeune Vladimir. « La rue de Leningrad m’a appris une chose : si la bagarre est inévitable, tape le premier » dira-t-il en 2015 au moment de l’intervention russe en Syrie, aux côtés du dictateur Bachar al Assad. 

Il y a des leçons de l’enfance que, malheureusement, certains chefs d’Etat n’oublient jamais. La ville d’Alep sera totalement rasée par l’aviation russe. 

Si l’adolescent Poutine brille sur les tatamis, à l’école, c’est une autre histoire. Il faudra toute la patience d’une institutrice dévouée pour remettre cet élève médiocre et indiscipliné sur le droit chemin. 

S’il est une école qu’il ne néglige pas en revanche, c’est bien celle du parti. Il a adhéré au « Komsomol », les jeunesses communistes. L’adolescent se gave de films à la gloire de la police secrète soviétique. À l’âge de 16 ans, il frappe à la porte du KGB local pour proposer ses services. Mais il lui faudra attendre l’année 75 et ses 23 ans pour rejoindre la grande famille du KGB après cinq années d’études de Droit. 

La jeune recrue veut voir du pays, ne pas rester vissée sur un siège à ranger des fiches ? Ça tombe bien… Le KGB a besoin d’un agent secret pour « accompagner » les sportifs et les touristes soviétiques qui se rendent à l’étranger. 

En 1985, âgé de 32 ans, le lieutenant-colonel Poutine est envoyé à Dresde en République Démocratique Allemande. Choix évident : il parle couramment l’allemand. A vrai dire, un poste d’officier du KGB dans une antenne secondaire d’un « pays frère » n’en fait pas vraiment un héros de l’espionnage soviétique. Mais il suffit au bonheur de « l’officier Platov », son pseudo.

Il réalise là son rêve de jeunesse : se couler dans la peau d’un « agent de liaison » ; infiltrer les réseaux dissidents ; rendre compte au « Centre »… Moscou, en langage codé. 

Par définition, on ne sait rien ou presque des agissements de cet obscur agent secret. Jusqu’où est-il allé pour complaire à sa haute hiérarchie ? A-t-il du sang sur les mains ? Une seule certitude : l’intimidation, le chantage, les coups tordus font partie du job.  

Ce passé sulfureux d’espion au service de la dictature communiste, Vladimir Poutine ne le reniera jamais. Au contraire : il s’en glorifie. 

En 15 ans de carrière, les services secrets lui ont tant appris. Ils ont fait de lui « un spécialiste des relations humaines » comme il se présente lui-même, avec cette pointe d’humour noir qui n’aurait pas déplu à Joseph Staline. 

Ces « qualités » si l’on ose dire font de lui un interlocuteur redoutable lors des sommets internationaux. 

Qui peut deviner les intentions sur ce visage impassible, aussi fermé qu’un cachot de la Loubianka ? Les rares sourires qui s’invitent sur sa face anguleuse n’ont jamais rien de rassurant. 

Aux yeux de Poutine, les rapports humains sont d’abord et avant tout des rapports de force. Comme au judo, il faut déstabiliser l’adversaire, fragiliser ses appuis, pour le faire tomber. 

De cette guerre psychologique, Angela Merkel a gardé un souvenir terrifié. 

En 2007, lors de pourparlers russo-allemands, la chancelière se retrouve nez-à-nez avec le gros Labrador noir de Poutine. Evidemment, le maître des lieux n’ignore pas que la présence de chiens terrorise son interlocutrice. Une phobie qui remonte à l’enfance depuis une vilaine morsure. 

Mais ceci est bien peu, comparé au sort que le régime poutinien réserve à ses opposants.  

Anna Polikovskaïa, journaliste, militante des droits de l’homme est assassinée dans la cage d’escalier de son immeuble moscovite le 07 octobre 2006.

La même année, l’ancien agent secret du FSB Alexandre Litvinenko, exilé à Londres, succombe à un empoisonnement au polonium 210 versé dans son thé. Sur son lit de mort, il accuse nommément Vladimir Poutine.

En 2020, son adversaire politique Alexeï Navalny échappe de peu à la mort suite à un empoisonnement du même type. A son retour sur le sol russe, il est arrêté puis condamné à deux ans et demi de prison pour des motifs futiles. 

Voilà ce qu’il en coûte à ceux qui osent dénoncer la dérive dictatoriale du régime mais aussi la corruption et le train de vie extravagant du chef de l’Etat…

Dans une vidéo sur Youtube, Navalny a fait découvrir à plus de 20 millions d’internautes « le palais de Poutine ». Une résidence digne des plus grands tsars, construite sur les bords de la mer Noire.

Même les oligarques les plus puissants peuvent finir dans les geôles poutiniennes. 

Mihaïl Khodorkovski, le pdg du groupe pétrolier Ioukos et première fortune du pays, passera dix ans de sa vie en prison pour évasion fiscale et corruption. 

Une main de fer dans un gant de fer… 

Poutine ne cherche même plus à cacher la brutalité de son régime. Au contraire, les assassinats, les arrestations arbitraires, les conditions carcérales indignes réservées à ses opposants sont autant de messages musclés envoyés à tous ceux qui veulent lui résister. 

L’Union Soviétique a donc construit l’homme Poutine : son schéma de pensée (« les ennemis sont partout ») ; sa méthode de gouvernement (distiller la peur). L’URSS s’est enkystée en lui. 

Mais ce n’est pas tout… 

Ce soir d’été 96, alors que sa datcha part en fumée, ce n’est pas seulement la Russie des Soviets que, métaphoriquement, Poutine veut sauver des flammes. 

Il se bat aussi pour faire renaître de ses cendres la Russie éternelle.  

Celle d’Ivan le Terrible, de Pierre le Grand, de Catherine II… La Sainte Russie, celle des monastères et des églises aux bulbes dorés fièrement tendus vers le Ciel. 

Cette conviction va naître sous la forme d’un présage enfoui dans les décombres du sauna calciné. 

Alors que le brasier a fini par s’éteindre, Vladimir Poutine fouine dans les cendres à la recherche d’objets à sauver du désastre. Il espère notamment retrouver sa croix de baptême ôtée de son cou avant d’entrer dans l’étuve. 

« Je tenais beaucoup à cette croix qui m’avait été offerte par ma mère » raconte Poutine, « C’était une petite croix en aluminium, très simple. J’ai été stupéfait quand un ouvrier, qui dégageait les cendres, l’a retrouvée entière. C’était incroyable, une vraie révélation. Depuis, je la porte toujours sur moi ! »

Vladimir Poutine… Baptisé ? En 1952 ? Dans l’Union Soviétique de Joseph Staline ?

L’histoire peut surprendre… Et pourtant. Le fait n’a rien d’extraordinaire à l’époque. Malgré les risques encourus, beaucoup de nouveaux nés sont baptisés en secret par une mère, une grand-mère, une tante… Souvent à l’insu du père. 

C’est précisément ce qui se passe dans le cas du petit Volodia. 

Son père, communiste convaincu et même participant actif à des campagnes antireligieuses n’aurait jamais consenti à un tel sacrement. La cérémonie religieuse est célébrée dans son dos en la cathédrale de la Transfiguration, à Leningrad. 

Maria Ivanovna Poutina a en revanche toutes les raisons de placer son enfant sous la protection de Dieu. À 41 ans, c’est sa dernière chance de voir grandir un fils, après la mort en bas âge de ses deux précédents enfants : Viktor et Oleg. 

Quelle est la réalité de cette attendrissante histoire de la petite croix retrouvée dans les cendres ? Faut-il prendre pour parole d’évangile le récit épique de cette conversion si peu… orthodoxe ? 

Y croire ? Ne pas y croire ? Là encore, l’essentiel est ailleurs. Il est vain de démêler le vrai du faux dans la vie de l’ancien Kgbiste pour qui dire la vérité a toujours relevé de la faute professionnelle. 

L’important, ce n’est pas l’histoire, mais la morale de l’histoire que Poutine veut vendre à l’électorat dans une Russie post-soviétique où le religieux a fait un retour en force.  

Cette fable poutinienne, on pourrait l’appeler « La Faucille et l’Encensoir ». 

Car l’auteur cherche à réconcilier la Russie des Bolcheviques avec celle des Popes et des Tsars. 

Seule doit désormais compter la foi patriotique, la foi dans la grande Russie. 

Joignant l’acte à la parole, Vladimir Poutine suivra lui-même ce voyage spirituel.  

Lui, l’ancien officier du KGB nourri au bon grain de l’athéisme scientifique va cultiver une image d’orthodoxe pratiquant après son élection en 2000. 

Le président de la Fédération de Russie n’hésite plus à fréquenter les églises, à allumer des cierges, à baiser les icônes aux traits immuables.

Cet univers correspond assez bien à l’image qu’il se fait de la Russie éternelle.  

L’Église orthodoxe, née du schisme de 1054, n’a pas connu de réformes récentes. La liturgie y reste fidèle à des traditions séculaires. Les ouailles s’y prosternent devant des popes barbus en soutane. 

Dans les années 90, Vladimir Poutine s’est rapproché d’une figure très conservatrice de l’Église orthodoxe : l’archi-mandrite Tikhon Chevkounov. L’amitié entre l’ancien agent secret et l’homme de foi s’est nouée dans des circonstances assez dramatiques. 

Au volant de sa Gigouli, Lioudmila Poutina, l’épouse de Poutine, a été percutée par un chauffard dans les rues de Saint Pétersbourg. Blessée à la colonne vertébrale, cette hôtesse de l’air de la compagnie Aeroflot craint de rester handicapée à vie. Elle sombre dans la dépression mais se raccroche à la foi orthodoxe. 

À la faveur de cette épreuve, le père Tikhon devient un intime des Poutine… Une fois arrivé au pouvoir, le président russe en fera jusqu’à ce jour : son confesseur personnel. C’est du moins ce qu’affirment de nombreuses sources, jamais confirmées mais jamais démenties non plus. 

Barbe très fournie, tignasse poivre et sel, ce dignitaire de l’Église orthodoxe ne manie pas seulement l’encensoir. À 63 ans, il est aussi un écrivain et un réalisateur aux vues nationalistes bien connues. 

Son film documentaire, « La chute d’un Empire », relate l’effondrement de Byzance sous l’influence de l’Occident. Pas besoin d’être grand clerc pour comprendre le parallèle dressé avec la fin de l’Empire russe. Sans surprise, il approuvera publiquement l’annexion de la Crimée par la Russie en 2014. 

Quel est son degré d’influence sur Poutine ? Nul ne le sait vraiment. 

Une chose est certaine : il ne faut pas compter sur le religieux pour calmer les rêves de grande Russie qui obsèdent le maître du Kremlin. 

La Géorgie en 2008, la Crimée et le Donbass en 2014, toute l’Ukraine en 2022… Le crescendo expansionniste de Poutine se nourrit d’une lecture très subjective, et de plus en plus compulsive des livres d’Histoire. 

Peu à peu, la blessure de l’effondrement de l’Union Soviétique s’est rouverte, si tant est qu’elle se soit jamais refermée. 

L’humiliation du grand peuple russe plongé dans la pauvreté abjecte par un saut brutal dans le capitalisme… Poutine l’a lui-même ressentie dans sa chair. 

Au début des années 90, lui l’ancien officier du KGB n’a-t-il pas dû s’improviser chauffeur de taxi au black pour joindre les deux bouts ? 

« C’est désagréable d’en parler pour être honnête, mais malheureusement, c’était le cas » a-t-il confié l’an dernier dans un documentaire télévisé.

Qui a mis à genoux « la Russie historique », comme il l’appelle, la privant de toutes ses républiques qui faisaient sa fierté et sa grandeur ? Dans l’esprit de plus en plus exalté de Poutine, c’est « L’Occident » et ses valeurs libérales, bien sûr…  C’en est donc fini le temps des sourires forcés, des poignées faussement amicales avec les Américains et les Européens. 

On l’a privé de son strapontin au sommet du G8 après l’annexion de la Crimée ? Il s’en moque… 

Finie l’humiliation sournoise de la Russie. L’heure de la revanche a sonné. L’Ours russe a sorti ses griffes. Il rugit désormais à la face du monde !

Angela Merkel qui a si souvent fréquenté Poutine, conversant avec lui en allemand… était déjà arrivée à une conclusion angoissante. L’homme a « perdu le contact avec la réalité » confiait la chancelière. 

La solitude du pouvoir, le culte du secret et même sa peur du coronavirus, ont-ils peu à peu plongé le chef de l’Etat russe dans un monde parallèle ? Un monde nourri pas ses lubies impérialistes ? 

Dans ce Kremlin ubuesque, où le roi nu reçoit à des tables ridiculement longues, nul n’ose plus contredire le chef suprême. 

Combien de guerres, combien de morts laissera-t-il derrière lui avant de se retirer ? 

En théorie, il aurait dû quitter le pouvoir en 2024. De petits arrangements avec la Constitution russe lui ont permis de prolonger son règne de deux mandats… Jusqu’en 2036. 

S’il atteint ce terme, Vladimir Vladimirovitch Poutine aura alors 84 ans. 

Texte & Voix : Christian Roudaut

 « Ces croyants qui nous gouvernent » par  Christian Roudaut Françoise Daucé Alexis Delahousse Emmanuel Saint-Martin editions Payot, 2006

https://www.payot.ch/Detail/ces_croyants_qui_nous_gouvernent-christian_roudaut-9782228900379?cId=0


First Person: An Astonishingly Frank Self-Portrait by Russia’s President Entretiens de Vladimir Poutine avec Natalia Gevorkian, Natalia Timakova et Andreï KolesnikovPublicAffairs Books (2000)

Écoutez sur votre plateforme préférée :
Téléchargez l’application Podcast Story :
Abonnez-vous et activez la cloche pour ne rater aucun podcast !

D'autres podcasts à découvrir

superstitions

SUPERSTITIONS

Écoutez sur votre plateforme préférée : Apple Podcasts Google Podcasts Spotify Deezer Cast Box Téléchargez l’application Podcast...

Société